La relation avec l’appareil

 

Mis à part quelques rares exceptions, tous les appareils photographiques qui ont jalonné ma démarche sont sous mon toit. Et pour reprendre la formule « mis à part quelques rares exceptions », ils sont tous fonctionnels. On s’attache à ses vieilles reliques, pourrait-on dire, mais on n’abandonne pas ses vieux compagnons de route… La présentation va du début vers le plus récent. Ce volet est évolutif. Un chapitre s’ajoutera chaque semaine jusqu’à ce que j’atteigne le moment présent.

Les premiers « Kodak » de ma vie / Le Brownie Starflex.

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Ma tendre enfance fut bercée par les vedettes de l’époque, à savoir, les « Kodak » en Bakélite qui utilisaient du film 126 ou 127. Le petit hublot rouge qui laissait voir passer la flèche et les numéros de pose, le flash à ampoules bleues que l’on visse sur le côté de l’appareil, le viseur « waist level », etc… Je me souviens de photos en noir et blanc mais surtout des films diapo. Ces diapos existent encore mais commencent à désaturer. Faudra entreprendre une opération sauvetage avant longtemps… Ma première image à vie fut accidentelle. J’étais en avance sur mon temps, j’ai fait un selfie avec le Brownie familial actionné par excès de curiosité. Ma première démarche photographique fut en noir et blanc et date de 1969 lors d´un rallye familial organisé par le club Kiwanis du Cap de la Madeleine et dont mon père était un membre très actif. Pour être précis, un Brownie Starflex fut ma première monture. Ont suivi des diapos dont le sujet était la Chrysler ´67 de mon père. Déjà, à l’époque, la perspective agressive était à l’honneur. Le cadrage en diagonale cherchait à donner une impression de mouvement…

Le premier 35mm / le CANON G-III.

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Thetford Mines, 1973. À cette époque, ma sœur Claire envisageait de faire des études en cinéma et possédait un Canon G III mais ne l’utilisait pas. Elle m’a offert de m’en servir. Je l’ai utilisé régulièrement en 73, 74 mais un beau jour, son ex est parti avec le Canon…

La première impression que j’ai eu du Canon, c’est le métal. Les Brownies en plastique étaient légers. Malgré sa compacité, le Canon me semblait lourd en comparaison mais cette sensation était positive. Il s’agissait, bien sûr, du poids de la qualité. La sensation tactile était fascinante. J’avoue qu’à l’époque, je n’ai pas utilisé tout le potentiel de l’appareil. Je ne me souviens pas avoir travaillé autrement qu’en automatique. Cependant, le résultat fut toujours à la hauteur et c’est tout dire si j’ajoute qu’à l’époque, j’utilisais majoritairement du film Fujichrome.

À l’été 96, je vais chez Simon’s Camera pour acheter un zoom Sigma 70-300 APO pour le Nikon. Que vois-je sur la tablette ? Un Canon G-III. Il en demande $195. Je tente de marchander mais rien à faire. Je choisis la patience et je me dis qu’avec le temps, si la chose reste sur les tablettes, il finira bien par baisser son prix. Après 6 mois de négociations, je cède et j’avance les $195 demandés. Même sensations qu’à l’origine, le même plaisir retrouvé mais avec un élément de surprise. Avec toutes ces années à exploiter le grand angle, passant du 35 au 28, du 24 au 20, j’avoue ne plus être à l’aise avec un 40mm. J’ai l’impression de manquer de recul mais ça revient. J’apprécie plus que jamais l’ouverture à 1,7 et le viseur à télémètre couplé! Le Leica du pauvre, je vous dis… La garantie aurait pu être plus longue, ça aurait fait mon affaire. Au bout de 4 mois, kaput. Les lamelles de l’obturateur sont figées. Réparer la chose est trop onéreux pour un « nice to have ». Désormais, elle sert de bibelot dans ma bibliothèque où sont regroupés tous les appareils de mon parcours à l’exception du Minolta SRM que je n’aurais jamais du laisser aller mais ça, c’est une autre histoire…

Première rencontre avec un reflex / le FUJICA ST 801.

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Québec, printemps 1974. Un ami de ma sœur Claire (toujours elle…) possédait un Fujica ST 801. Il était du genre toujours fauché et il me l’a prêté un bout de temps dans l’espoir que je le lui achète. Comme j’étais moi-même du genre toujours fauché, je ne croyais pas pouvoir le lui acheter mais j’ai essayé l’engin très sérieusement…

J’avais l’habitude du Canon G-III et il y a un monde de différence entre un télémètre couplé et un reflex. L’attrait du reflex était multiple. Le côté «professionnel » et le boîtier noir n’était pas sans impressionner l’adolescent attardé que j’étais… L’engin était lourd. Un char d’assaut. En plus du boitier, il y avait des objectifs interchangeables à vis, comme les fameux Pentax (pour ceux qui connaissent), un grand angle et un petit télé, des filtres pour photo rapprochée.

Reste que la visée réflexe était une découverte majeure et que je goûtais enfin à l’esthétique 35mm… Voyez par-là, prendre conscience « in situ » de la profondeur de champs… J’ai travaillé presque exclusivement en diapo avec cet appareil.

Lors d’une petite randonnée dans un autobus de Québec (j’ai dit que j’étais fauché…), j’avais pris place sur le dernier banc à l’arrière et j’ai voulu prendre un cliché de mon environnement immédiat. Habitué que j’étais au très silencieux Canon, le claquement du miroir quand j’ai déclenché m’a fait sursauté autant que les autres passagers qui se sont tournés vers moi avec un regard plutôt hostile… Rarement été aussi embarrassé de ma vie…

Première acquisition / le MINOLTA SR-3.

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Québec, printemps 1975. Les cours du soir en arts au CEGEP Ste-Foy m’ont fait rencontrer un ami de Thetford déménagé à Québec et dont je ne me rappelle malheureusement plus du nom. Sa blonde était impliquée dans le comité de l’éducation permanente tout autant que moi et c’est ainsi que nous avons repris contact. Il tripait photo depuis longtemps et on s’est mis à parler de mon désir de me procurer un 35mm reflex. Il m’a vendu un Minolta SR-3 avec une 50mm/1.8, un télé Soligor 135mm/3.5 « preset ». Cet équipement datait de 14 ans mais était en parfait état.

Le SR-3 est complètement manuel avec un posemètre amovible qui se greffe sur le dessus du boîtier. Ce sera un merveilleux outils d’apprentissage. J’ai traîné l’engin en moto pendant deux ans, j’ai travaillé principalement en diapo. Avec ce que je sais aujourd’hui de la diapo, je suis surpris (à rebours) des résultats obtenus. C’est également avec le SR-3 que j’ai fait mes premières armes en noir et blanc. C’est ce même ami qui m’a initié à l’idée de faire du noir et blanc et, pour minimiser les coûts, de faire faire des planches-contact. Merde, c’est quoi son nom ?

Il a repris le SR-3 en échange pour le Minolta SRM mais j’ai retrouvé un boitier sur Ebay au tournant du siècle. Le 1er octobre 2001, la technologie moderne fait en sorte que j’ai un boitier high tech (Nikon F100) mais pas d’objectifs (j’avais du les envoyer à Toronto pour une mise à jour logicielle…) pour saisir de superbes aurores boréales. En moins de temps pour le dire, j’ai sorti le SR3 et un objectif 28mm. Le film Fuji Superia 800 ISO de dernière technologie argentique a fait le reste. Face au numérique, l’argentique n’a pas dit son dernier mot! 15 ans après cet exploit, le SR-3 fonctionne toujours…

La première machine neuve / Le MINOLTA XE-5.

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Fermont, printemps 1977. Viseur noir sur boitier chrome, ça ressemblait au Nikon F2. Pour cette raison, je l’ai préféré au XE-7 pourtant pas tellement plus dispendieux. Je n’ai pas fait les choses à peu près, c’est avec une 50mm/1.4 que la machine est arrivée à la maison. Ma première machine automatique. Débrayable, bien sûr. L’engin est plus lourd et plus encombrant que le SR-3, il a pour lui la réputation de Leica avec qui Minolta a développé les XE-5 et XE-7. Avec le recul, et après avoir fait l’expérience d´un Leicaflex, j’ai réalisé que la légendaire douceur Leica, sans y être à 100%, se manifestait quelque peu…

A l’époque, cependant, la tendance à la motorisation pointait déjà le bout de son nez et le XE-5 n’était pas motorisable…

Pour faire une histoire courte, j’ai vendu le XE-5 à mon copain Gerry Valcourt, qui me l’a cédé plusieurs années plus tard en échange d´un service. Le commutateur de mise en marche était brisé, j’ai fait réparer en même temps qu’un bon nettoyage et elle était à nouveau de service. Plusieurs élèves du club de photo Caniapiscau ont fait leurs premières armes avec cet appareil. Je l’ai prêtée à Marie-Claude Smith pour sa maîtrise en Arts multidisciplinaires. Après sa maîtrise, je la lui ai donné en échange d´une de ses œuvres, Vade Mea cum.

Un malencontreux accident a probablement signé son arrête de mort, à la XE-5. La caméra est tombée du sac dans lequel Marie-Claude la transportait.

Je dis «probablement » pour une raison bien simple. Le XE-5 est de retour à la maison. Selon mon amie Janine Paradis, ma super-mécano de Kodak, la XE-5 est réparable mais son héritage Leica pourrait faire monter la facture à $300.00. C’était à la fin du siècle dernier.

Un jour, peut-être…

Le délire motorisé / le MINOLTA SR-M.

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Été 1977. Le même ami dont je ne me rappelle pas du nom possède un Minolta SR-M. Je le revois lors d´un passage à Québec, on parle photo, je lui parle du XE-5, de son seul défaut. Il me fait une proposition que je ne peux refuser. Je lui envoie mon boîtier SR-3 et quelques dollars et il me retourne le SR-M en échange. Affaire conclue !

Le SR-M est complètement noir (ce qui est réservé aux machines professionnelles à l’époque), avec une imposante poignée flanquée sur sa droite qui contient 8 piles AA (très lourd) et est complètement manuelle, sans posemètre aucun. Là aussi, ce fut une merveilleuse école… J’ai travaillé en diapo sans posemètre et avec une marge d’erreur minime. C’était mon défi de bien juger la lumière. La règle du f 16 a aidé, bien sûr, mais ça n’était pas toujours évident et ça n’était pas toujours à l’extérieur, pas toujours à la même heure…

La tendance à la motorisation n´est pas apparue seule. Les boîtiers compacts à multi-automatismes intégrés sont désormais la panacée. Deux boîtiers lourds et encombrants sont doublement lourds et encombrants…

La modernité a eu raison de la bête et je l’ai donné en échange à l´achat du XD11. Je ne me rappelle plus du montant que j’ai eu pour le SR-M. Ça m’a paru équitable à l’époque, et ça l’était sans doute. On en trouve occasionnellement sur ebay et, généralement, rien en bas de 1500$ US s’ils sont complets et en ordre de marche. La nostalgie étant ce qu’elle est, j’aimerais bien retracer le SR-M et dans la même foulée, j’aimerais bien retracer le SR-3 également. C’est quoi son nom ? …

Le coup de cœur / le MINOLTA XD11.

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 Été 1979. Sexy. Le Minolta XD11 est et restera toujours mon grand amour. Boîtier compact, racé, à l´ergonomie irréprochable, sensuel même…

 Il était disponible en 1978 en boîtier chrome. En 1979, il apparaît, tout de noir vêtu. J´en bave. Durant l´été 79, je descends en vacances, je suis à Québec, je vais chez un magasin d’appareil usagé où j´avais déjà fait quelques acquisitions comme un 21mm Soligor (perdu plus tard dans la poste…), un 28-90/2.8 Vivitar série 1 etc. . Il se trouve, qu’il a, miraculeusement, un Minolta XD11, « black body », usagé, à vendre, avec en plus, un 28mm/2.8 MD-Rokkor, et avec, en plus, un winder D dessous…Il demande $750.00. Le SR-M l´intéresse, marché conclu ! Tout, dans cet appareil, est génial. La prise en main, avec et sans moteur, le poids, l’équilibre, tout est à la bonne place, d´instinct.

Le double automatisme est un exemple de simplicité. La vitesse flash qui est aussi la vitesse mécanique est curieusement à 1/90sec. Développé conjointement avec Leica, l’obturateur est électronique mais est doté de cette précieuse vitesse mécanique. La pile tombe à plat? Le posemètre ne fonctionne plus mais si vous avez l’oeil, vous pouvez déclencher Ad Nauseam. C’est ce qui me manque le plus du XD11. L’ami fidèle qui ne vous laisse jamais tomber…

En 1980, le XD11 est victime d´un accident de la route. Le prisme est bosselé, la mollette de rembobinage est sévèrement touchée et l´oculaire est fracturé. Ça n´empêche pas la caméra de fonctionner. En fait, la caméra sera révisée, nettoyée dans le mois qui suit mais la réparation de la mollette et de l´oculaire ne se fera que 5 ans plus tard…

Même à l’époque du X-700, le XD11 était régulièrement utilisé. Avec un 28mm et sans moteur, il était le compagnon idéal pour les randonnées en raquette. C’était aussi celui qui me suivait sur la mine et c´est ce qui l´a mené à sa perte. Par une belle journée de 1995, je rentre à l’ouvrage avec mon sac photo XD11, et par esprit pratique, outre la caméra, on y retrouve un sous-marin et une canette de Coke… Au bout d´une heure et demie, j´ouvre le sac pour prendre le XD11. Il baigne dans le Coke depuis combien de temps ? Ça n´a pas vraiment d’importance, le mal est fait et c’est irrémédiable. Le XD11 le cascadeur spécialiste des tonneaux en voiture n´a pas survécu à ce débordement de glucose liquide. C’est pas vrai qu’à tous les jours, «avec Coke, y a d´la joie ! »

Des années plus tard, chez Rapide Caméra Service, Janine Paradis m’a fait un cadeau. Elle y avait un XD11 qui traînait dans l’arrière boutique. L’amorce pour le film était brisé, elle a fait une réparation de fortune et ça fonctionnait même si c’était parfois laborieux d’y insérer la pellicule. Je te le prête à long terme. Si jamais j’en ai besoin un jour, je te ferai signe. Un an ou deux plus tard, j’arrive à Québec. Comme c’est mon habitude, la première station d’arrêt est Rapide Caméra. À ma grande stupéfaction, il y a un cadenas sur la porte de la boutique. La secrétaire de l’atelier voisin me confie que c’est ainsi depuis le début de la semaine et qu’il n’y a plus de son, plus d’image… Je n’ai jamais su ce qui s’est passé. Où est Janine? Emportée dans sa légende de magicienne des Kodak… J’ai attendu 5 ans avant de commander, chez Service Caméra Pro, une transplantation d’amorce de mon boitier original à celui de Janine. J’ai aussi trouvé un 28mm 2.8 MD chez Presto et le pare-soleil dédié sur eBay. Me voici revenu en 1978 avec le XD11 et du Ilford HP5 derrière le rideau. Un voyage dans le temps. C’est comme retrouver la femme de sa vie après un long exil. Pas vieillie d’un trait, toujours aussi complice. Encore aujourd’hui, 37 ans après les vœux, je la sors à l’occasion, je l’épouse à nouveau.

La vocation détournée… / Le MINOLTA X 700.

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Août 1991. Il me vient à l’idée d´avoir un boîtier back-up. Idéalement un deuxième XD11, sinon un boîtier XG-1, ce qui me paraissait plus probable et accessible. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver chez Henri Leclerc Caméra, un boîtier X-700. Marché conclu !

Durant la même fin de semaine, je me retrouve à Chicoutimi avec Marie-Claude Smith et on fait une visite chez Caméra Expert pour acheter du film. J´en suis ressorti avec un moteur MD-1. Rien de moins !

En l’espace de quelques jours, je me suis retrouvé, sans même prendre le temps de respirer, avec un boîtier X-700 avec moteur et le XD11 comme back-up…

Et pourtant… Ma première expérience avec un X-700 fut loin d’être heureuse ! A l´automne 1985, je visite Gagnon en pleine démolition. Les bulldozers sont en train de coucher le centre d´achat par terre, la piscine est devenue extérieure et puisque le XD11 est en réparation (le « 5 ans plus tard »…), j’ai emprunté son X-700 à mon amie Marcelle Chabot. Dans mon sac, j’ai un loader avec 100 pi de film EPD 404 (Ektachrome professionnel 200 iso), assez de cassettes pour vider le loader. Je me sens sur le point de prendre mon pieds comme jamais avec un sujet pareil. Au bout d´un film, le X-700 ne répond plus. Les piles sont mortes. Les deux boîtiers sont alimentés par des piles S-76. J’ai toujours des piles de rechange avec le XD11 mais elles sont installées sur la courroie dans un compartiment en plastique conçu à cet effet et, bien sûr, la courroie est avec le kodak à Québec. Le même gugusse en plastique est installé sur la courroie du X-700. J´ouvre, C´est vide…

Marcelle avait aussi cette très bonne habitude d´avoir des piles de rechange dans le gugusse en plastique mais avait dépanné un twitt de stagiaire peu de temps auparavant. Assez twitt pour ne pas les lui remettre plus tard. Et comme le tracteur est déjà passé sur le dépanneur…

Jamais, comme ce jour-là, je ne me suis ennuyé d´une vitesse mécanique. Je m’étais juré que jamais je ne posséderais un foutu X-700…

Reste que le X-700 est une machine plus que crédible. Elle était encore produite par Minolta, 18 ans après son apparition sur le marché. C´est un retour au lourd et encombrant mais dans une moindre mesure qu´avec le SR-M et à peine un peu plus qu´avec le XE-5 mais avec la motorisation en plus. Un look plus pro que le XD11, mais moins « glamour », trop « edge » pour le boitier.

Mais on se reprend avec la poignée, très anatomique. Le MD-1 a beaucoup fait pour le plaisir d’utilisation. Pour tout dire, l´ergonomie du X-700 est sans reproche.

Usé à la corde, vint le jour où l’obturateur s’est mis à « coller » au déclenchement. Le verdict, c’est comme un cancer stade 4…

La maturité / le NIKON F 801.

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Printemps 1996. Le Minolta X700 vient de mourir, peu de temps auparavant, j’ai échappé mon Sigma 21 / 35 par terre et il ne répond plus trop bien du diaphragme, Un investissement majeur est inévitable et le temps est venu de passer de focus manuel à l’autofocus, de la tradition à la modernité. J’envisage l´achat d´un Minolta Maxxum 600si, tout frais sorti sur le marché et dont on dit beaucoup de bien. L’utilisation de piles au lithium me rebute mais l’alimentation par piles AA est possible avec la poignée optionnelle (vertical grip). La philosophie de conception me plaît énormément mais le prix, un peu moins. De plus, j’en ai toujours voulu à Minolta de n’avoir pas privilégié la compatibilité avec les objectifs à monture MC ou MD. Je considère ce choix technique comme un affront aux photographes de la première heure qui ont supporté et promu, par leur fidélité indéfectible, la réputation de la marque. L’incompatibilité de la griffe de flash et la mauvaise réputation du service après vente chez Minolta ont fait pencher la balance vers Nikon, d’autant plus que l’alimentation par pile AA est de rigueur chez le prétendant.

Outre sa réputation bien établie chez les professionnels, je vouais pour Nikon beaucoup de respect en égard à la compatibilité entre AF et MF. Je ne savais pas à l’époque que la compatibilité flash pouvait être problématique mais ça restait un aspect marginal, ma décision était prise.

Les moyens sont restreints dans la mesure où je dois monter un système complet. J’opte pour le seconde main. Janine Paradis, chez Rapide Caméra Service, me recommande vivement le F801 ou le F90 à la condition que celui-ci ne soit pas hors de prix. Elle obtient le mandat de me trouver quelque chose d’intéressant. Ça a pris trois mois. La perle rare. Le 801 est comme neuf. Trouvé chez le genre médecin qui se paie le nec plus ultra mais ne fout rien avec… Je peux avoir le boîtier seulement pour $600. – mais comme j’ai besoin d’un objectif, je récupère un 35-70 Nikkor au passage pour un total de $750. -. La transition du manuel à l’autofocus se fera aisément. Faut dire que certaines machines de première génération (chez minolta, entre autre) n’avaient rien d’attirant à cet égard. Trop de fonctions commandées par deux boutons activés en même temps, rien d’instinctif. Le 801 est tout simple, tout est logique, d’accès facile.

Je ne sais pas encore, à ce moment, que le 801 fera époque dans la lignée Nikon. C’est désormais un appareil mythique. Bien sûr que le F90 ou le nouveau F100 sont plus performants mais il a tracé la voie, jeté la base pour les générations suivantes. La seule exception, le F70, fait figure de mouton noir. Pas une mauvaise machine mais l’approche ergonomique, la présentation plutôt ludique en fait la Edsel des Nikon… Reste que le 801 est un véritable char d’assault. Le 4X4 des Kodak… Je le traîne partout dans les pires conditions. Il me vient à l’esprit ces nombreuses randonnées en motoneige par moins 25, moins 30, sur terrain souvent accidenté. Des séances de photos de nuit, par moins 35, monté sur trépieds, exposé au vent. Faut le faire, traîner une caméra de plus de 10 ans d’âge et travailler en mode continu rapide par moins 44 avec facteur vent… Les seuls problèmes rencontrés étaient liés à l’état des piles changées à mi-parcours mais l’écran LCD n’a jamais failli, jamais, ni l’autofocus, ni l’exposition. Si ça se trouve, il n’a pas répondu à quelques pressions sur le déclencheur. Si peu…

Commentaire de Janine Paradis : T’en as un bon, gardes-le… J’ai l’habitude de suivre les conseils de Janine…

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Le détournement majeur / le MAMIYA M645.

Été 1997. Cette année-là, j’expose au Musée de Sept-Îles. Première exposition d’importance hors de Fermont. Je me suis mis à rêver de 16X20… et surtout d’épreuves de qualité Fine Art… Comme le sujet avait demandé de travailler en HP5 poussé à 3,200 ISO, en 11X14, c’était limite. Le moyen format me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà mais là, le besoin était justifié et un ixième retard du projet de restauration de ma Mini Cooper’S 69 fut le prétexte pour faire le saut… Janine avait justement un Mamiya 645 sur ses tablettes…

Les événements se sont précipités. Chez Rapide Caméra, j’achète le Mamiya avec viseur waist level,  objectif 75mm, bagues macro, inserts 120 et 220, poignée et aussi viseur prisme avec posemètre intégré. À cela s’ajoute un agrandisseur couleur Chromega C760XL avec objectif 50mm, porte-négatifs 35mm et diapo. À cela s’ajoute un porte négatif 120 et objectif 75mm pour répondre aux besoins du nouveau format. Pour le Mamiya, je trouve un 150mm ailleurs à Québec et chez Simon’s, un grand angle 45mm. Les $4,000 prévus pour le char anglais sont détournés vers la photo.

Les choses ne vont pas toujours comme prévu. Tout ce qui était relié au 645 fut mis en veilleuse pendant plusieurs années. Je n’ai pas beaucoup exploité cet appareil. Des problèmes de statique avec les inserts 220 n’ont pas aidé non plus. Reste que l’expérience ne fut pas que négative, au contraire, et certaines sorties furent plus que gratifiantes. Ça fait son chemin au-dedans de moi et ça n’est pas terminé.

Ce que j’en retiens à date, c’est une approche plus zen de la photographie. On utilise un trépied comme si ça allait de soi, on prend son temps pour cadrer, on ferme, on travaille la profondeur de champs, on relève le miroir, et Ansel Adams devient notre saint patron…

Parallèlement à l’image, il y a l’objet. La texture, le poids, les sons, l’expérience est sensuelle. On sent surtout que la photographie est un processus. C’est une démarche, une attitude, un rituel, et l’appareil est un peu l’encensoir de cette messe à la beauté des choses…

Franquelin, mai 2016. Le film 120 est loin d’être mort même si la pellicule servait déjà dans les Kodak Brownie de 1901. Pour l’heure, quand je vais à Fermont, la chambre noire y est toujours et au moins durant l’été, le 645 est en service.

Je suis en réaménagement de sous-sol et je pourrai me remettre à traiter le film argentique plus régulièrement sous peu. Il y a de fortes chances que le 645 soit privilégié pour la « messe à la beauté des choses »… Je ne ferai pas de print à Franquelin. La fausse sceptique interdit la chimie argentique (les chimies film seront récupérées et éliminées dans les normes). Le scanner (Microtek 120tf) et l’imprimante Epson grand format feront la job d’impression.

Parlant de Kodak Brownie, j’en ai reçu un en cadeau de mon bon ami Donald Poirier. Parlant de Fermont, j’y suis allé récemment et j’en ai profité pour exposer du 120. Je n’ai pas eu le temps de faire des prints. Trop de monde à voir, le but du voyage était d’ordre juridique et le skidoo de printemps était au menu. Tout de même. Les négatifs sont prometteurs. J’ai aussi transféré de la pelicule 120 sur des bobines 620 et je me propose de mettre à profit un Brownie Bull’s Eye qui, lui, date de 1954. Comme avec son prédécesseur, il fait du 6x9cm. Je vous reviens là-dessus…

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Exotisme / le MINOX GL 35

Été 1998. Le Minox est un cas à part. J’ai longtemps cherché un substitut au Canon GIII. La machine compacte qui nous suit partout. Un beau jour, Janine Paradis m’a proposé un Minox avec le flash, les étuis et tout. Je connaissais de réputation, c’est de la même veine que les Rollei compacts. C’est un bel objet, High class et la lentille est un bijou. Je fus séduit. Il y a cependant un prix à payer. D’une part, la miniaturisation ne fait pas bon ménage avec l’ergonomie. La sélection de l’ouverture n’est pas toujours aisée et le rembobinage est une épreuve de force. D’autre part, l’absence de télémètre couplé. J’ai boudé l’appareil un certain temps pour ces raisons mais mon instinct m’a évité de m’en départir. J’ai laissé mûrir la chose. Il y a eu un déclic. La relation torride et passionnelle basée sur le désir a cédé la place à une relation torride et passionnelle basée sur la connaissance, le respect et la pérennité… On apprend à vivre avec ; l’hyperfocale devient notre maître à penser et à vrai dire, on a tendance à intervenir au minimum sur les réglages. Le seul véritable défaut que je lui trouve est sa sensibilité au froid. Le mécanisme d’armement devient moins précis, plus dur et l’obturateur gèle parfois… On pourrait ajouter que la vitesse maximum (1/500e de sec.) combinée avec l’ouverture minimum (f 16) est un peu « limite » à l’extérieur, l’hiver quand on utilise un 400 iso. Il arrive souvent qu’on dépasse la limite et que l’on rate l’image par surexposition. Oui, je sais. Je pourrais faire du 100 ISO et gagner en qualité image. Je sais…

À venir, un un retour sur le film 120!

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